La visite officielle du président nigérien Abderrahmane Tiani en Algérie intervient dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes entre Alger et Bamako. Alors que les relations algéro-maliennes traversent une phase de crispation diplomatique, le rapprochement affiché entre Alger et les autorités du Niger et du Burkina Faso recompose les lignes stratégiques au Sahel.
Longtemps acteur central de la médiation au Mali, notamment à travers l’Accord d’Alger de 2015, l’Algérie a vu son influence contestée depuis l’arrivée au pouvoir des autorités de transition à Bamako dirigées par Assimi Goïta.
Des divergences sont apparues sur la gestion des groupes armés dans le nord du Mali, sur l’interprétation des accords de paix et plus largement sur l’orientation diplomatique de Bamako. Les autorités maliennes ont progressivement pris leurs distances avec certains partenaires traditionnels, redéfinissant leurs alliances sécuritaires.
Dans ce climat de méfiance, les échanges entre Alger et Bamako se sont refroidis, alimentant les spéculations sur une recomposition des rapports de force régionaux.
C’est dans ce contexte que s’inscrit la visite du président Tiani à Alger. Accueilli avec les honneurs par le président Abdelmadjid Tebboune, le chef de l’État nigérien a multiplié les déclarations saluant la position algérienne après les événements du 26 juillet 2023.
Au-delà des projets économiques annoncés — exploitation énergétique, infrastructures transsahariennes, coopération sanitaire — cette visite envoie un message politique clair : Alger maintient des canaux solides avec Niamey malgré les turbulences régionales.
Le Niger et le Burkina Faso, aux côtés du Mali, forment aujourd’hui l’Alliance des États du Sahel. Cette architecture sécuritaire nouvelle vise à coordonner les réponses face aux menaces jihadistes et à affirmer une souveraineté stratégique.
Si l’Algérie n’est pas membre de l’AES, elle partage des frontières sensibles avec le Mali et le Niger et demeure un acteur incontournable de la sécurité sahélienne.
La visite de Tiani peut ainsi être interprétée comme une tentative d’équilibrage : maintenir un dialogue fort avec Alger tout en consolidant l’axe Niamey–Ouagadougou–Bamako.
La mésentente entre le Mali et l’Algérie ne signifie pas une rupture totale, mais elle reflète des divergences profondes sur la gestion sécuritaire et diplomatique du Sahel. Dans ce contexte, le rapprochement visible entre Alger et Niamey souligne une dynamique pragmatique : préserver des partenariats bilatéraux malgré les tensions multilatérales.
Pour l’Algérie, il s’agit d’éviter l’isolement régional et de maintenir son rôle d’acteur stabilisateur. Pour le Niger et le Burkina Faso, l’enjeu est de diversifier leurs appuis tout en consolidant l’AES.
Hachi Cissé



